XVII et XVIIIe sècle

L'école à Caudiès  avait été organisée par les évêques du diocèse d'Alet, dont Nicolas Pavillon (1597-1677) qui avait même créé les "Régentes" pour l'instruction des filles. L'édit de Louis XIV qui ordonne " l'établissement autant qu'il sera possible des maitres et des maitresses dans chaque paroisse" date du 3 décembre 1698.

 

Portait du XIXe siècle (site rennes-le-chateau-archive.com)
Portait du XIXe siècle (site rennes-le-chateau-archive.com)

L'abbé Guirauden (aumonier de l'institut des Frères de la Doctrine Chrétienne à Béziers) a présenté aux Etats de Montpellier en 1889 un mémoire sur l'Enseignement primaire en Languedoc dans lequel sont cités les règlements concernant les régents et les régentes (gallica.bnf.fr).

1790

Pendant la Révolution, la loi du 19 Décembre 1790 crée l'Instruction Publique pour tous.

L'Église qui se sent spoliée par la perte du monopole de l'enseignement qu'elle pense de droit divin,  engage une lutte politique pour sauvegarder son hégémonie contre un pouvoir qui manque de moyens financiers pour appliquer son programme.

Philippe Torreilles et Émile Desplanque qui ont rédigé en 1895 article sur l'Enseignement Primaire en Roussillon pour le Bulletin de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées Orientales (gallica.bnf.fr) rappellent ces faits.

Se pose aussi le problème de l'enseignement du latin

gallica.bnf.fr
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Photo Andrée Tricoire
Photo Andrée Tricoire

et également l'installation de la Décade au lieu et place de la Semaine de 7 jours avec le dimanche...

Décade
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1833 Loi Guizot (28 juin) sur l'instruction primaire

L’instruction primaire, publique ou privée, comprend nécessairement l’instruction morale et religieuse, la lecture, l’écriture, les éléments de la langue française et du calcul, le système légal des poids et mesures.

Le vœu des pères de famille sera toujours consulté et suivi en ce qui concerne la participation de leurs enfants à l’instruction religieuse.

Il sera formé dans chaque arrondissement de sous-préfecture un comité spécialement chargé de surveiller et d’encourager l’instruction primaire, qui comportera notamment le maire et le curé.

L'extrait de La Revue historique / dirigée par MM. G. Monod et G. Fagniez explique l'opposition au retour à Caudiès du curé Olive (gallica.bnf.fr).

Il s'agit de Louise Cabanié qui figure sur le recensement de la population de Caudiès en 1841, comme religieuse.

1837
1837
1844
1844

1850 LOI FALLOUX (SOUS NAPOLÉON III)

Le Journal des Pyrénées Orientales du 29 juin 1849 publie le projet de Loi (ressourcespatrimoines.laregion.fr)

Même si de Falloux n'ira pas au bout de son ministère, la loi restera attachée à son nom. Mais, dès le 11 janvier 1850 parait la "petite Loi Falloux" et commence la révocation des instituteurs communaux.

Pierrard Pierre. La « petite loi » Falloux du 11 janvier 1850 et les révocations d'instituteurs communaux en 1850. In: Revue du Nord, tome 67, n°266, Juillet-septembre 1985. Enseignement. pp. 687-702 (persee.fr).

Georges Mons, premier instituteur publique de l'école de Caudiès fondée en 1836,  est noté sur le recensement de 1841. Il fait partie en 1850 des  milliers d'instituteurs révoqués en France après promulgation de la petite loi Falloux du 11 janvier 1850. Sa révocation est publiée dans le Journal des Pyrénées Orientales du 8 février 1850. Il avait alors 32 ans.

Georges Mons, né le 1er septembre à Esthoer, fils du chirurgien Jean Mons, épouse à Caudiès le 12 juin 1838, Anne Pélagie Pépratx, fille du négociant Pierre Pépratx et de son épouse Julie Février.

Sur l'état civil de Caudiès, en 1849 il signe les actes où il figure comme témoin avec la mention Secrétaire de Mairie, et en 1850 il est noté Instituteur, puis propriétaire à partir de juillet. Le maire de l'époque est Pierre Canaby qui sera destitué 2 ans plus tard pour avoir refusé d'organiser le plébiscite en faveur de Napoléon III. Après le l'Acte du 3 février 1852, signé par le nouveau maire Laforge, la signature de Georges Mons ne figure plus sur les actes.

Il est à noter que 4 ans auparavant, il avait été récompensé selon un arrêté du ministre de l'Instruction publique sous la Monarchie de Juillet, comme publié dans le Journal des Pyrénées Orientales du 29 avril 1846.

Autres temps, autres mœurs...

Cet article du Journal des Pyrénées-Orientales Du 28 janvier 1852 le note bien comme ancien instituteur à Caudiès.

C'est sur cette liste d'admissibilité soumise aux communes que devaient être choisis les instituteurs. La révocation avait une autre fâcheuse conséquence pour les instituteurs à savoir l'interdiction d'enseigner dans une commune de proximité.

Georges Mons a du quitter Caudiès. Il est inscrit sur le recensement de la population de Villefranche en 1856 où il habite avec sa femme Anne Pépratx et leur neveu de 11 ans, Aimé Péprtatx (archives.cd66.fr) qui deviendra plus tard instituteur à son tour.

Dans le Journal des Pyrénées Orientales du 3 septembre 1862, ils figurent tous les deux sur la liste des donateurs à la Société du Prince Impérial pour le Prêt de l'enfance au travail, à Villefranche, l'un comme instituteur, l'autre comme élève (geneanet.org).

Sur la même liste, figurent les insituteurs de Caudiès en 1862.

Instit caudiès 1862

Le Journal des Pyrénées Orientales du 1er août 1874, Georges Mons est noté digne du Brevet du 2ème ordre pour l'enseignement primaire.

1863

Victor Duruy, devient  ministre de l'Instruction publique, poste qu’il accepte à condition qu'il soit séparé du ministère des Cultes. Il occupe cette fonction pendant six années jusqu’au . C'est son ministère qui obligera les communes à contribuer à la fondation des écoles de filles.

Le Journal des Pyrénées 0rientales du 6 septembre 1867 publie le discours de l'inspecteur lors de la remise des prix aux professeurs à Perpignan. Il y est fait allusion à Caudiès dont le maire était Victor Bénet.

école de fille 1867
ressourcespatrimoines.laregion.fr

Dans les délibérations du conseil général de 1876 sont consignés ces éléments

gallica.bnf.fr
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L'éducation des filles est loin de faire l'unanimité. En 1868, Le Journal des Pyrénées Orientales rapporte que la Société Scientifique, Agricole et Littéraire des Pyrénées Orientales a consacré 2 séances à la question de l'Éducation des femmes, qu'elle qualifie de "charmant et grave sujet" (ressourcespatrimoines.laregion.fr) au cours desquelles se sont affrontés  messieurs Camp, Danjan et  de Lamer, utilisant notamment Molière et ses Femmes Savantes pour discréditer la réforme voulue par le ministre.

Prosper Audounet, est intervenu dans les colonnes du Journal des Pyrénées Orientales du 29 mai 1868.

1881-1882  Lois Jules Ferry (sous Jules Grévy)

C'est l'école gratuite, l'instruction obligatoire et l'enseignement public laïque.

En fait dès 1873, l'école était gratuite pour les garçons, à Caudiès, des subventions ayant été votées au Conseil Général, ainsi que le rapporte le Journal des Pyrénées Orientales du 5 septembre 1873.

Gratuité école
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L'affaire du Jardin du Presbytère relatée dans les délibérations du conseil Départemental des Pyrénées Orientales pendant la session ordinaire d'août 1882, reflète bien la querelle opposant clergé et municipalité laïque (gallica.bnf.fr). Le maire de Caudiès est alors Casimir Benet.

1886

La loi Goblet  du prolonge la loi de 1882: elle confie à un personnel exclusivement laïque l'enseignement dans les écoles publiques (article L. 141-5 du code de l'éducation), remplaçant les instituteurs congréganistes. Elle redéfinit aussi l’organisation de l’enseignement primaire. Cette loi parachève celles de Jules Ferry de 1881 et 1882 sur l'école gratuite, laïque et obligatoire en renforçant l'intervention de l'État dans l'organisation de l'enseignement élémentaire et en fonctionnarisant les instituteurs.

Elle remplace les salles d’asiles, qui assuraient la garde et l'éducation des enfants de 2 à 6 ans, par des écoles maternelles, tenues par des institutrices de même formation que les institutrices des écoles élémentaires.

Toute commune doit être pourvue au mois d'une école primaire publique et les dépenses pour l'acquisition ou la location des bâtiments et du mobilier scolaire, leur entretien, leur chauffage et leur éclairage, deviennent obligatoires pour les communes. Il en va de même pour le logement des instituteurs.

 

Dans les libérations du Conseil général des Pyrénées Orientales sont rapportées les demandes de subventions pour entretenir l'école.

1886 (gallica.bnf.fr)
1886 (gallica.bnf.fr)
1895 (gallica.bnf.fr)
1895 (gallica.bnf.fr)
école garçons 1901
Conseil départemental session août 1901 (gallica.bnf.fr)

1901: Loi sur les Associations (1er juillet)

Cette loi consacre la liberté d'association sauf pour les congrégations  qui relèvent d'un régime d'exception décrit au titre III de la loi :

— « Aucune congrégation religieuse ne peut se former sans une autorisation donnée par une loi qui déterminera les conditions de son fonctionnement. Elle ne pourra fonder aucun nouvel établissement qu’en vertu d’un décret rendu en conseil d'état. La dissolution de la congrégation ou la fermeture de tout établissement pourront être prononcées par décret rendu en conseil des ministres.

— Les membres d’une congrégation non autorisée sont interdits d’enseigner ou de diriger un établissement d’enseignement.

Le journal  L'Alliance du  29 juin 1902 publie le décret signé par Émile Loubet.

Décêt 1902
ressourcespatrimoines.laregion.fr

et le Bulletin des Congrégations  du 6 juillet 1902 signale que ce décret s'applique à Caudiès:

Le journal L'Indépendant des Basses-Pyrénées du 30 juin 1902 explique ce qui va amener à la fermeture de L'école congréganiste de Caudiès (gallica.bnf.fr).

Le journal L'Éclair du premier juillet 1902 raconte l'expulsion de l'école chrétienne de Caudiès.

 Le reportage satirique publié dans l' édition du 11 octobre 1902 du journal L'Éclair reflète bien cette lutte acharnée opposant partisans de l'école laïque républicaine et partisans des  écoles chrétiennes (ressourcespatrimoines.laregion.fr).

Note: Émile COMBES fait ses études au petit séminaire de Castres, puis à l'école des Carmes à Paris et enfin au grand séminaire d'Albi où il porte la soutane et estt tonsuré d'où le surnom d'ex-abbé pour ce politicien radical socialiste, ministre de l'Instruction publique en 1895, qui conduit la politique fortement anticléricale aboutissant à l'École Laïque et la séparation de l'Église et de l'État.

1905 Séparation de l'ÉGLISE et de l'ÉTAT (Président Emile LOUBET)

Cette loi votée sous la présidence d'Émile Loubet, affirmant le principe fondamental de la laïcité est censée mettre un terme aux affrontements plus ou moins violents selon les lieux.

Le journal L'Alliance du 28 février 1904 (ressourcespatrimoines.laregion.fr) donne son point de vue sur les conséquences sur l'enseignement de cette séparation et de la disparition de le Loi Falloux.

En janvier 1904, Le journal L'Éclair se gausse encore de l'épisode belliqueux survenu à Caudiès autour de la fermeture de l'école congréganiste (ressourcespatrimoines.laregion.fr).

1910 Plainte contre une institutrice de Caudiès

Cet article a été publié dans le journal L'Univers, organe du Parti Catholique, le 27 janvier 1910

Il faut dire qu'en 1910, l'équipe municipale dont il est question ici, appartient au Bloc Radical de gauche.  Cette liste, conduite par Joseph Poutou, a remporté, en mai 1908 les élections municipales , aux dépens celle conduite par Tritan de Ferluc, dont on a vu l'implication en faveur des écoles chrétiennes... Le bloc Radical est le soutien du sénateur Émile Combes, fortement anticlérical dont l'action politique a aboutit à la séparation de L'Élise et de l'État et à à la formation de l'École Laïque.

 Il est fort possible que ce soit l'institutrice Marie Jasse (née Paris en 1864 à Sahorre) qui ait fait les frais de la bataille entre école laïque et école religieuse , car son mari Raymond Jasse était sur la liste du Bloc Radical Socialiste  qui a remporté les élections en 1908.

1914-1918

Pendant la Première guerre mondiale, le problème est surtout de remplacer les instituteurs mobilisés, par des intérimaires et suppléants. A Caudiès, pour les garçons et les filles des cours supérieurs ont pu fonctionner.

Par contre dans les délibérations du conseil général de 1914 -1915, sont notées dans les mesures urgentes:

école 1914-1915
1914-1915 (gallica.bnf.fr)

1927

Remise de la Légion d'honneur à Soeur Perpétue (gallica.bnf.fr)
Remise de la Légion d'honneur à Soeur Perpétue (gallica.bnf.fr)

Le 9/2/27, remise de la légion d'honneur à Sœur Perpétue, [M. Sauraly] le directeur de Saint-Lazare [à droite de] Soeur Marie Perpétue [et, à sa gauche, le ministre de la justice] Barthou : [photographie de presse] / [Agence Rol].

Cet évènement est commenté quelques mois plus tard dans le bulletin paroissial de Caudiès, le Messager de Notre-Dame de La Val.

Le Messager de Notre-Dame de La Val Juin 1927
Le Messager de Notre-Dame de La Val Juin 1927

1933

Plus de trente ans après la parution des lois ayant entrainé la fermeture des écoles congréganistes dont celle de Caudiès, le Messager de Notre-Dame de La Val distille sa rancœur auprès des paroissiens.

osbcurantisme clérical 1933
Messager de Notre-Dame de La Val septembre 1933

1935

Dans le bulletin paroissial d'octobre 1935, Le Messager de Notre-Dame de La Val, est encore publié cet article, reflet de cette guerre scolaire qui perdure tant à l'échelon local que national.

1936

Il s'agit encore d'une guerre idéologique, puisque selon Claude Millé, 3 instituteurs de Caudiès auraient été déplacés car ils auraient eu des idées communistes:

Monsieur et Madame GRAU mutés à Prats de Mollo

Mme RASPAUD Marie Louise mutée (avec son mari instituteur de Vira) à Escaro.

1937

Circulaire du 15 mai 1937 interdisant le prosélytisme religieux, de Jean Zay

« Ma circulaire du 31 décembre 1936 a attiré l'attention de l'administration et des chefs d'établissements sur la nécessité de maintenir l'enseignement public de tous les degrés à l'abri des propagandes politiques. Il va de soi que les mêmes prescriptions s'appliquent aux propagandes confessionnelles. L'enseignement public est laïque. Aucune forme de prosélytisme ne saurait être admise dans les établissements. Je vous demande d'y veiller avec une fermeté sans défaillance ».

Pour clore ce chapitre, il parait utile  de rappeler qu'en 1937, Jean Joseph Morer, enfant de Caudiès et maire de la commune de 1953 à 1959,  faisait partie en 1937, du cabinet de Jean Zay, alors ministre de l'Éducation Nationale. Le groupe scolaire actuel de Caudiès s'honore de porter le nom de Jean Joseph Morer.