Voies Antiques

Ce chapitre est entièrement dû à Jean-Paul Tricoire.

                                                             Caudiès au carrefour de voies antiques

 

Le relief des Pyrénées-Orientales peut se caractériser par une plaine alluviale où viennent déboucher trois vallées séparées par un interfluve plus ou moins escarpé. Les principales lignes de communications se résument, aujourd’hui comme hier, à un axe majeur nord-sud et trois axes secondaires est-ouest. Dans l’antiquité, la via Domitia, axe nord-sud, faisait communiquer la province de la Narbonnaise en Gaule à la province de la Tarraconaise en Espagne. Pour les communications est-ouest, la via Fenoletensis (du Fenouillèdes), la via Conflentana (du Conflent) et la via Vallespiri (du Vallespir), d’une moindre importance, ont cependant joué un rôle important pour les populations autochtones. A ces trois axes est-ouest, s’ajoutaient des transversales passant de vallées à vallées.

Aujourd’hui, la présence de ces voies antiques est quasi indétectable. La voie Domitia n’a pas fait l’objet de grands aménagements. A fortiori, les voies secondaires. Partout où l’on pouvait rouler sur le substrat, il n’y a pas eu de constructions. Les franchissements de cours d’eau se faisaient prioritairement à gué. Là où les constructions étaient nécessaires, elles ont disparu bien souvent sous des dépôts d’alluvions. Il en reste malgré tout quelques vestiges.

 

      

La voie du Fenouillèdes:

A partir de Rivesaltes, la voie du Fenouillèdes se raccordait à la voie Domitia par deux branches. L’une, orientée nord-est franchissait à gué l’Agly au nord de Rivesaltes et rejoignait Salses. L’autre, orientée sud-est, suivait la rive droite de l’Agly jusqu’à Claira.

Remontant par la rive droite de l’Agly, la voie du Fenouillèdes passait près de l’église Sainte-Marie d’Espira, traversait ensuite l’Agly à hauteur d’un pont médiéval aujourd’hui ruiné. Elle repassait sur la rive droite à hauteur de l’ancien château de Penna puis suivait les méandres de l’Agly. Il en existe des traces dans un vieux chemin à hauteur du château de Jau. Elle rejoignait lactuel tracé de la RD 117 à hauteur de la chapelle Saint-Vincent d’Estagel. On peut observer à cet endroit, en contrebas de la route, un mur de soutènement et les vestiges d’une bande de roulement. Le nom d’Estagel trouve son origine dans le mot « Statio » qui désignait un poste romain en bord de la voie.

A Caudiès on retrouve la voie du Fenouillèdes dans la montée au col de Saint-Louis, en fond du ravin de l’Adoulx, aujourd’hui chemin de Montauriol. Elle coupe les lacets en amont du pont en colimaçon dans la montée vers le col (fig. 1).

Fig .1 Trace de la voie dans la montée au col Saint Louis
Fig .1 Trace de la voie dans la montée au col Saint Louis

 

En très mauvais état et impropre au passage des canons de l’artillerie française, elle fut retracée et élargie à flanc de la Gorbelhe au début du XVII° siècle dans la descente vers Caudiès. La carte dressée par César François Cassini de Thury en 1744 représente ce tronçon rénové entre Caudiès et le col (fig.2).

 

Fig.2 Carte de Cassini La montée au col de Saint-Louis
Fig.2 Carte de Cassini La montée au col de Saint-Louis

La traverse vers la voie du Conflent :

Appelée « Lo Camin de Caudiès » dans le secteur de Sournia et de Prats de Sournia, certains auteurs la citent comme une voie romaine. Ne disposant de références fiables, je la nomme le « Vieux chemin » comme certains, tout en constatant que nombre de ses aménagements sont typiques des voies antiques. Ce Vieux chemin reliait Caudiès au Conflent. De là, par la traverse de Thuir, on pouvait rejoindre Elne et la voie Domitia. La carte d’état-major (fig.3) dressée au début du XIX° siècle, alors que la RD9 vers Fenouillet n’existait pas, montre que le tracé de ce chemin n’avait pas évolué au cours des temps.

Fig.3 Carte État Major début XIX siècle
Fig.3 Carte État Major début XIX siècle

Allant de Caudiès vers Notre-Dame de Laval, il poursuivait vers le mas des Demoiselles. Le Saint- Jaume franchi, il s’orientait au sud, grimpait vers la Castagnière et s’accrochait aux flancs de la Serre de la Lias en contournant le piton du Castel-Fizel. Sur cet itinéraire, on franchissait deux coupures, le Saint-Jaume à l’emplacement du pont actuel et le ravin au pied du piton de Castel-Fizel, dit ravin de Cantofa. Le pont sur le Saint-Jaume repose sur des soubassements qui sont les restes probables d’un pont bien plus ancien (fig. 4).

Fig.4 Soubassement d'une pile du pont du Saint-Jaume
Fig.4 Soubassement d'une pile du pont du Saint-Jaume

Le ravin était franchi par un pont mixte formé d’un platelage en bois reposant sur deux culées bâties en pierres. Ce type d’ouvrage se rencontrait fréquemment sur les voies romaines. On trouve sur place une des deux imposantes culées et les traces d’accrochage de la deuxième sur la rive opposée (fig. 5).

Fig. 5 Culée du pont sur le ravin de Cantofa
Fig. 5 Culée du pont sur le ravin de Cantofa

On remarque aussi par endroits sur l’itinéraire les restes de l’empierrement d’origine ainsi que les murs de soutènement du chemin tracé à flanc de montagne.(Fig. 6 et 7) - cliquer sur les photos pour les agrandir.

Sources :

Carte archéologique de la Gaule - Les Pyrénées-Orientales 66, complétée par mes recherches personnelles sur le terrain