Les Fanges

C'est une hêtraie-sapinière d'environ 1320 hectares, située entre 800 et 1100 mètres, qui fait toujours l'objet d'une sylviculture importante.  

 

Cette forêt a bénéficié de la grande "Réformation" (1661-1680) des Forêts impulsée par Colbert  ( pour redresser les finances et aussi la marine royale qui ne serait plus contrainte d'importer du bois pour sa construction - destinant les grands sapins des Fanges pour la mâture) et mise en oeuvre en Languedoc par Louis de Froidour.

Les procès verbaux des visites des 23 août 1669, 8 mai 1670,  16 avril 1676 déclarent que : " la forêt royale de Caudiès au pays de Fenouillèdes (département de l'Aude) est bien plantée de sapins de deux ou trois cents ans, dont la plus grande partie est propre à faire des mâts de navire"  (In Bulletin de la Société Académique des Hautes Pyrénées 1912)

En Languedoc, la forêt des Fanges, partiellement royale  faisait partie dans  la Maîtrise de Quillan, des forêts du pays de Fenouillet avec la forêt de Boucheville. ("La grande Réformation des forêts royales" M.Devèze, Annales de l'École nationale des eaux et Forêts, 1962)

Dans les délibérations consulaires (In Caudiès-de-Fenouillèdes,  la recherche du passé), Albert Bayrou relève le Bornage de la forêt des fanges en 1718: "les officiers de la maîtrise des eaux et forêts de Quillan ont fait borner la forêt des Fanges appartenant à sa Majesté et qu'ils ont fait mettre une partie du territoire de Montauriol, dont cette communauté a toujours joui." Les habitants demandent qu'on les maintienne dans leurs droits: dépaissance, récolte des grains et bois d'affouage.

Dans la forêt des fanges, un mur de 7 km avait été élevé, dont on trouve encore quelques bornes gavées d'une fleur de Lys, pour clôturer la partie royale (5551 arpents du roi).

Dans la Forêt des Fanges, photo publiée dans le manuel de l'Arbre pour l'enseignement sylve-pastoral dans les écoles par Emile Cardot. 1933
Dans la Forêt des Fanges, photo publiée dans le manuel de l'Arbre pour l'enseignement sylve-pastoral dans les écoles par Emile Cardot. 1933

 

 

En 1969, un événement dans la forêt des Fanges.

 

Ces documents, relatant dans le journal L'Indépendant, l'abattage du plus vieux et du plus grand sapin (40 mètres de haut, 6 mètres de circonférence à sa base) des Fanges pour cause de maladie,  ont été confiés par Muriel Rey née Bettinelli. Son père, Laurent Bettinelli, bûcheron, bien que travaillant le plus souvent en forêt de Boucherville, avait été choisi pour ses compétences. La tronçonneuse venait de Perpignan et son guide chaîne du Canada...Les curieux étaient en fait peu nombreux car l'opération avait été tenue aussi secrète que possible pour des raisons de sécurité.

Le journaliste avait offert la photo à Laurent Bettinelli :  Muriel et Jean-Claude Rey  ont pu identifier les acteurs et les spectateurs de l'évènement, et  Muriel a  confié quelques souvenir d'enfance à propos du métier de bucheron de son père, qui rapportait du miel à la maison quand il trouvait un essaim sauvage.  Né en janvier 1929, à Gincla dans une famille de huit enfants, il commença à travailler à 14 ans. Il abandonna le métier de bucheron en raison de sa dangerosité, à 48 ans, après maintes  blessures ( et une attaque de frelons), pour travailler à l'usine de Salvezines. Il décède en 2017.

Comme dans la forêt de Boucheville, il y eut dans celle des Fanges, une verrerie. Pierre Bascou en a retrouvé la trace aux archives départementales et a publié sur son site (boissa.fr), l'acte de donation signé en 1743 devant Pépratx, notaire royal de Caudiès. À partir du 15eme siècle, les fabriques de verre étaient le plus souvent l’apanage d’aristocrates car souffler le verre était le seul métier manuel qu’un gentilhomme pouvait exercer sans déroger aux règles de la monarchie et de la noblesse.